Zoom ciné : bellflower le roadmovie diy

Souvent opposés aux titans du cinéma Hollywoodiens, les irréductibles films indépendants américains font parfois preuve de créativité, d’expérimentations et de maladresse touchante face au formaté. Bellflower, remarqué au festival de Sundance 2011, est un éloge du système D pour trentenaire dépressif. Forcément, fallait que je vous en parle.

Comédien, scénariste, producteur, monteur et démerdard hors pair, Evan Glodell ne lâche rien et ne vit que pour raconter son histoire de romance post apocalyptique à mi-chemin entre auto-fiction et science fiction. Après avoir revendu du mobilier perso et rassemblé une équipe motivée à bloc, Evan Glodell décide de financer son propre film hors du système. Dès lors, il fabrique un lance-flammes, retape une Buick Skylark de 1972 capable de cracher du feu et bricole des objectifs pour obtenir un rendu  « caméra super 8 numérique » plutôt inédit. Le tout pour 17 000 dollars (12 000 euros).

Génération No future

Bellflower dresse le portrait d’une génération de jeunes trentenaires qui ne croient plus en rien et qui ne vivent de rien. Amis de toujours,  un peu paumés, un peu barrés et fans inconditionnels de Mad Max, Woodrow et Aiden décide de bricoler la « Medusa » une voiture de guerre qui en jette à mort pour affronter une fin du monde fantasmée. C’est dans cet état d’esprit nihiliste et no future que Woodrow tombe amoureux de Milly.

Très réussi d’un point de vue formel, le réalisateur fait preuve d’ingéniosité pour palier à un budget dérisoire qui ne fait jamais défaut. L’esthétique jaunie, abimée, salie donne une force onirique qui contrebalance la violence du film. Bellflower est résolument autobiographique, non pas dans les faits, mais dans la capacité d’un individu à mettre toute l’énergie qui lui reste dans la conception d’un objet, d’une œuvre.

La pente du « À force de vouloir trop en faire »

Très occupé à vouloir réaliser le film de sa vie après une séparation amoureuse apparemment très douloureuse, Evan Glodell n’évite pas les clichés du premier film indé et oscille en permanence entre un premier essai à l’univers singulier et un exercice de style poussif.

La dernière partie du film sombre dans un enchainement de fausses fins multiples aussi violentes qu’incompréhensibles qui ne manqueront pas d’agacer. Ce traitement stylistique abusif donne l’impression que le réalisateur n’assume pas le fait qu’au fond son film est une classique histoire de déception amoureuse. Evan Glodell se sert clairement de son bébé comme une catharsis et il veut cracher d’un coup le résumé de ses 30 années : sa passion pour un cinéma home made, l’idylle amoureux finit toujours par se crasher dans la haine et la souffrance, une génération veut vivre l’instant présent sans se soucier des lendemains qui ne seront pas meilleurs.

Alors si comme moi vous êtes sensible au plaisir régressif qui évoque entre les lignes la difficulté de devenir adulte dans le monde actuel, laissez vous tenter par cet ofni (objet filmique non identifié) entre romance et anarchie sur fond d’une excellente bande son.