Vacances, la plénitude du vide

Déjà la fin juin. Bientôt le rythme général du pays ralentira alors qu’arrivera la grosse chaleur. Une odeur de sable chaud et de crème solaire flottera dans les couloirs du métro. Hum, les vacances… Le goût de la vraie vie ?

Les congés payés incarnent un droit synonyme de liberté

« Notre but simple et humain est de permettre aux masses françaises de trouver, dans la pratique des sports, la joie et la santé et de construire une organisation des loisirs telle que les travailleurs puissent trouver une détente et une récompense à leur dur labeur. » (Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État à la jeunesse et aux loisirs, lors d’un discours radiodiffusé, le 10 juin 1936).

Le ton est donné par le Front Populaire qui est le 1er gouvernement à faire voter des lois instaurant deux semaines de congés payés pour les travailleurs. Une révolution qui reconnaît, valorise et rétribue le travail fourni par les classes populaires, jusque-là tenues à l’écart des plaisirs des stations balnéaires. Désertant les villes avec leurs usines et leurs bureaux, la foule enthousiaste se met en route, l’été venu, vers la liberté joyeuse qui règne dans les lieux de villégiature. La mode du voyage, du camping, du tourisme prend un soudain essor et les Français découvrent un repos qui se veut bon pour la santé et l’équilibre.

Remplir ses loisirs

Les congés payés sont le fruit des progrès de la démocratie et de l’élévation des niveaux de vie. En effet, avant 1936, seuls les aristocrates et les bourgeois avaient du temps « libre ». Accorder des loisirs à tous les membres de la société ouvre un débat sur l’utilisation de ce temps « libéré ». Pour beaucoup, dotés d’une vision utilitariste, ce temps ne doit pas être gaspillé, il doit servir le développement de l’individu. Ainsi, les organisations syndicales, politiques, religieuses se mettent à proposer diverses activités, destinées aux adultes et / ou aux enfants. L’objectif est de profiter de ces moments pour consolider les liens au sein du groupe, et pour éduquer de manière informelle.

Cependant, après-guerre, rejetant à la fois la culture élitiste, tout comme les cultures traditionnelles issues des folklores ruraux et les cultures syndico-politiques, les estivants privilégient une autre vision des vacances teintée d’un nouveau type de culture : la culture de masse. Les classes populaires deviennent consommatrices d’une culture véhiculée par les mass-media (presse, radio, cinéma, livres de poche…) et décident de faire des vacances une période de farniente dédiée à la vie de famille, au sport, au savoureux bronzage sur la plage.

Vacances, du latin vacare, « être sans »

Au fond, cette position n’est-elle pas en accord avec l’étymologie même du mot « vacances » ? Et oui, les vacances invitent à sortir de nos habitudes quotidiennes et laborieuses, à tenter d’autres expériences, à commencer par celle que nombreux redoutent : l’expérience du vide. Cesser de s’agiter, de courir, de se disperser, oser la contemplation. Regarder des heures les brins d’herbe, les grains de sable, les nuages. Qui sait ce qui peut naître de la rêverie douce ? Après tout, le vide est souvent riche de plein, car du silence, du calme, surgissent nouvelles envies, nouvelles idées pour ensuite reprendre avec énergie le cours de sa vie.