Une ôde à la sieste australe

Pour ces trois jeunes australiens la pratique musicale semble plus proche de la médecine douce ou de l’alchimie que de la simple superposition de pistes instrumentales. En s’appliquant à lier les sons comme on prépare un onguent, Tame Impala concoctent sur leur premier album, Innerspeaker, un remède à l’anxiété et une invitation à la paresse.

Ce groupe qui se définit lui même avec naïveté comme « Psychédélic Hypno-groove melodic rock music » est originaire de l’ouest rural australien. De cet environnement reculé où la nature est omniprésente, ils ont tiré une énergie que les hippies n’auraient sans doute pas reniée.

Comme beaucoup de groupes de rock ces derniers temps, ils reprennent  à leur compte un besoin de mélancolie et font revivre une mythologie Seventies qui n’a jamais vraiment existé. Pourtant, cette fois, la nostalgie s’affiche sans ambiguïté et s’appuie sur une fraicheur qui lui donne un souffle léger qu’aucun sentiment réactionnaire ne vient alourdir.

L’album s’écoule d’une traite, l’homogénéité de ce mélange onctueux fait de guitares aux textures fines et croquantes, d’orgue vaporeux et de batterie délicate, ne peut être altéré par une approche morceaux par morceaux. Un pied de nez involontaire à l’industrie du Single qui ajoute à la sympathie immédiate que l’on peut ressentir pour ces trois ébouriffés.

La voie éthérée du chanteur est supportée par des riffs toujours contenus. Chose étonnante, ce qu’on entend pourrait avec peu de chose se transformer en une orgie de distorsion agressive. Mais le Crunch des guitares ne dépasse jamais le crissement d’un tapis de feuille morte. Les différents effets utilisés ne sont jamais poussés trop loin. Et c’est sûrement cette finesse qui les sauvent quand les compositions se font un peu plus attendues.

On sort de ce Innerspeaker les yeux bouffis, le regard au loin de celui qui s’est assoupi un peu trop longtemps. A la dernière note, la bulle éclate et la satisfaction d’avoir aperçu un monde dans lequel la molécule de l’ennui est de celle dont on fait les meilleurs  stupéfiants.