Un aventurier au service du sacré

Hier s’est envolé, personnage échappé d’une épopée à la Jules Verne, un homme dans un ballon. Jean-Louis Etienne est parti en voyage, arrimé à une nacelle, au-dessus du Pôle Nord. Virtuellement embarqués à ses côtés, fascinés par tant de beauté, nous rendons hommage à la Pachamama.

Rêveur conquérant, explorateur militant

C’est un rêve d’enfant qu’il réalise. Il le dit, des étoiles dans les yeux, lui qui a déjà traversé océans et glaces, lui qui a grimpé les plus hautes montagnes, lui qui a multiplié les exploits. Seul, de là-haut, il regarde des étendues vertigineuses, menant à bien deux missions scientifiques : mesurer le CO2 atmosphérique et observer le champ magnétique terrestre. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre de recherches sur le réchauffement climatique. Jean-Louis Etienne est un homme de son temps, il connaît les dangers que traverse notre planète, il en est témoin et veut, par sa démarche, faire de nous également des témoins. Parions, toutefois, que ce n’est pas cette figure écolo qui fera changer les consciences… Mais alors, quoi ? A quoi servirait pareille équipée ?

Petitesse de l’homme, grandeur de la nature

Outre l’admiration que son courage suscite (un peu limitée cependant par le battage médiatique autour de son aventure !), ce que nous donne à voir Jean-Louis Etienne provoque une immense émotion : l’émerveillement. C’est là que résident la force et l’intérêt de son expédition. Dans les images qu’il nous envoie, le paysage n’est que beauté, et lui-même raconte ce « calme absolu » qu’il l’entoure. Quand on plonge dans ses photos, on devient minuscule, on est inondé par la plénitude de ce lieu où tout est blanc, somptueux, feutré. Nous sentons que nous ne sommes que des éléments du cosmos parmi d’autres, des souffles vivants parmi d’autres souffles vivants, des particules d’une unité qui nous dépasse. Devant une telle majesté, les mots manquent, le silence se fait souverain. En écho, à l’intérieur, au creux de notre ventre, surgit un sentiment de gratitude infinie.

Élan mystique pour écologie authentique

Loin des photos de nature déchaînée, dévastée ou pillée, l’Arctique offre le spectacle d’une harmonie, d’un environnement apaisé. L’émotion qui se dégage du paysage nous permet de ressentir ce lien sacré qui existe entre nous et la terre, ce lien profond qui nous relie à la Pachamama, à la Terre-Mère comme l’appellent les Indiens. La beauté sans limites nous ouvre au respect, à un amour plus vaste que nos attachements affectifs habituels. Sans aucun doute, devant ces clichés, nous vient l’envie d’agir pour que cet espace fragile et menacé soit protégé et préservé. Nous le savons, de la préservation de cet endroit dépend notre survie. Comme hier le message de quelqu’un comme Gandhi l’expliquait, les images de territoires sauvages soulignent la puissance de ce qui unit les hommes à la nature, l’interdépendance de la situation de la terre et de la nôtre, la nécessité d’entrer dans une vraie ère d’écologie, au delà des slogans creux. Oui, la terre est si belle. Oui, son futur est entre nos mains. Oui, demain n’existera pas si elle n’existe pas. Et oui, demain, il sera trop tard pour le comprendre. Il n’est jamais inutile de le rappeler aujourd’hui.