Tombés pour la (bonne) cause ?

Paris, victoire du Thalys, c’est pourtant un nuage de fumée qui sépare l’actualité des Pays-Bas de la France. A peine quelques échos de la visite de Bernard Kouchner à Rotterdam, à peine quelques articles de presse sur les prochaines élections législatives. Pourtant la situation est assez inédite !

Deux soldats, un officier français et un sous-officier néerlandais, ainsi qu’un interprète afghan ont  trouvé la mort sur une mine artisanale en Oruzgan samedi dernier. Un fait d’actualité mineur ? Pas si sûr ! La figure du caporal néerlandais, Luc Janzen, décédé à l’âge de 25 ans a une résonance toute particulière aux Pays-Bas. 24ème soldat néerlandais à tomber depuis 2006 et le premier déploiement des Pays-Bas en Afghanistan.

Ces morts n’ont cependant pas le même impact en France et aux Pays-Bas. Communiquant son « émotion » dans un communiqué de presse, Nicolas Sarkozy a également réaffirmé « la détermination de la France à continuer d’oeuvrer au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité« , la coalition de l’Otan en Afghanistan. Comme une évidence. Ce n’est pourtant pas si évident pour les Pays-Bas.

Un gouvernement provisoire

En effet, le 20 février dernier, le Premier ministre, Jan Peter Balkenende, a présenté à la reine Beatrix la démission des 12 ministres et secrétaires d’Etat travaillistes (PvdA) de son gouvernement. Une coalition de centre-gauche, issue des élections anticipées du 22 novembre 2006, tombé sur le dossier Afghan. Pourtant, Jan Peter Balkenende est un politique chevronné, puisqu’à la tête de son quatrième gouvernement depuis 2002.

Mais aujourd’hui et jusqu’au 9 juin prochain, date des prochaines élections législatives, le gouvernement néerlandais ne gère plus que les affaires courantes.

Déjà marqué par la démission du secrétaire d’Etat à la Défense, Jack de Vries, du à la pression médiatique sur sa relation extra-conjugale avec son assistante, ce n’est pourtant pas une « histoire à la Clinton » qui s’est déroulée. En désaccord sur une prolongation de la mission des troupes néerlandaises en Afghanistan. « Le Parti du Travail ne pouvait plus participer de façon crédible à ce gouvernement.« , a indiqué le chef de file du parti travailliste (PvdA), le ministre des Finances Wouter Bos.

Retour sur les faits

A l’origine, l’OTAN avait demandé aux Pays-Bas « d’examiner les possibilités et l’opportunité d’une présence prolongée en Afghanistan » pour ses militaires basés dans la province d’Oruzgan (au sud du pays).

En  Afghanistan depuis août 2006, les Pays-Bas ont déployé 1.950 soldats. Mais le retrait complet des troupes néerlandaises a été annoncé pour le mois d’août et devrait être total avant la fin de l’année. Une décision acceptée par l’OTAN, (même si officieusement Washington ne cache pas sa déception).

Le bon élève français compte quant à lui à ce jour près de 3.500 en Afghanistan même. Le décès de samedi dernier porte à 42 le nombre de soldats français morts en Afghanistan depuis le déploiement des troupes alliées, fin 2001.

Des chiffres qui interpellent. Un gouvernement français pourrait-il lui aussi tomber pour des questions de politiques extérieures ? Pas si sûr, notamment sur la question afghane.D’autant plus depuis 2005, où  la résurgence de l’insurrection des talibans augmente les pertes des troupes étrangères de l’OTAN.

On ne peut dès lors que constater l’impact de la médiatisation. A l’inverse du déploiement en Irak, en France, peu de voix s’élèvent contre la présence française en Afghanistan et ce dès le début, en 2001.
A tort, ou à raison ?  Peut-être tout simplement parce que la question n’a jamais vraiment été évoquée …