Strong Arm Steady – In Search of Stoney Jackson

Pendant que le hip hop Mainstream s’enlise dans un tourbillon toujours plus épais d’autocélébration, l’underground californien ne chôme pas et se propose en alternative. In Search of Stoney Jackson vient réveiller un intérêt pour la côte Ouest qui c’était affaibli depuis déjà trop longtemps.

Après le départ de Xzibit vers un rôle sur mesure dans un univers pétillant où Mtv et les productions hollywoodiennes de seconde zone s’offrent à lui sans concession, Strong Arm Steady est devenu trio. Avant In Search of Stoney Jackson, Mitchy Slick, Phil Da Agony, et Krondon n’ont sorti qu’un seul album, Deep Hearted  en 2007, et ce sont surtout leurs nombreuses Mixtapes qui ont fait d’eux un synonyme de qualité.

Plus qu’un simple album, il s’agit d’un travail collectif où de nombreux featurings avec les stars montantes de la scène de Los Angeles viennent ajouter à la richesse du flow des trois MCs. En donnant le micro à des rappeurs comme Fashawn ou Evidence, ce disque ravive une West coast en perdition.

Mais c’est surtout le producteur Madlib qui fait naitre l’espoir d’une nouvelle ère et montre que rien n’est perdu pour les fils de Dr Dre. Ce producteur extrêmement dynamique a trouvé un peu de temps entre la composition de sa trilogie Medecine Show (dont deux albums sont déjà disponibles) et son projet d’hommage à Miles Davis : Miles Away, pour venir ajouter sa brique à l’édifice.

Au crépitement des vieux vinyles, il vient ajouter des samples Soul chauds et d’une coolitude impressionnante. Les beats limpides des premières chansons se transforment au fur et à mesure de l’album en quelque chose de plus métallique, de plus froid, qui s’éloigne de la ville du mythe américain pour rejoindre celle de General Motors là bas, vers l’Est. Malgré ce grand écart, Madlib tient la barre et se porte garant de la  cohérence de l’ensemble.

Le producteur met toute sa science du collage au service du projet et jongle entre Kung Fu et Blaxploitation, répertoires chers au hip hop, en y ajoutant des références à Radiohead et au rock des années 60 sur un fond d‘abstract jazz qui donne à ce disque toute sa profondeur.

Mis à part des textes clichés dont les thèmes tournent souvent autour du sexe et de la drogue, les rappeurs arrivent à tirer leur épingle du jeu en collant à la musique de Madlib avec efficacité. Ce disque complète avec brio la discographie d’un producteur talentueux qui a su ici se mettre au service d’une ribambelle d’artistes qui fera le hip hop de demain.