Retroaction#26 : Où il est préférable de ne pas voyager avec un homme mort

En 1995, Jim Jarmush sort l’un de ses plus grands chefs d’œuvre (son chef-d’œuvre ? Qu’en disent mes collègues cinéphiles du jeudi, troisième porte à gauche ?).

Dead Man est un western noir et blanc sur l’arrivée d’un gars de la ville dans l’ouest américain profond, très profond. Comme vous regarderez ce film ce soir même après avoir fébrilement dévoré cet article (lancez le téléchargement dès maintenant), je n’en dirai pas plus et passerai directement à la case « bande originale » : de Neil Young.

Neil Young, C’EST l’ouest américain, je dirais même que c’est l’Amérique, même si il est né à Toronto, ce qui fait de lui un canadien. Juste pour cet article, on va dire que le Canada et l’Amérique, c’est la même chose, le Canada en plus froid. On parle de paysage. De nature. Neil Young c’est les moissons, le blé qui mûrit au soleil, l’odeur d’une selle de cuir, les longues ballades à cheval les soirs d’automne, les prairies à perte de vue, l’Amérique sauvage. Et cela tombe bien car comme tout bon western qui se respecte, Dead Man remplit parfaitement son contrat en terme de prairies à perte de vue et d’Amérique sauvage.

Donc si vous m’avez bien suivi : Neil Youg+Dead Man =  Crystal Perfection.

Là où on touche au divin, c’est qu’au lieu d’imaginer d’épiques ballades folk dont il a le secret et qui cadreraient relativement bien au film et à son époque (fin 19ème), Neil Young sort la guitare électrique (dont il a également le secret). Il nous embarque alors dans des séries de solos et d’interprétations très dépouillées et toujours autour de thèmes récurrents, selon la scène ou les personnages qui l’animent, dans la pure tradition western. La bande originale, à l’image du voyage dément de son personnage principal, est une exploration en terre sauvage à laquelle les sons « électriques » d’une guitare et d’un ampli crunch donnent consistance. C’est un son sale, sale comme tous les personnages du film qui y trempent leurs éperons.

L’ambiance qui s’en dégage n’est pas seulement noire. Au milieu de ce chaos de métal et de révolution industrielle à la conquête de l’ouest, un lyrisme éclot peu à peu, une ode à la nature mystérieuse et impuissante face aux ravages de l’homme blanc et de la guitare de Neil Young, triste mais déterminée, suivant son bonhomme de chemin de fer: avançant, avançant, avançant.