Retroaction : SS Si Bon

« Enfilez vos bas noirs les gars, ajustez bien vos accroches-bas, vos porte-jarretelles et vos corsets, allez venez ça va se corser… » Certes, il eut-été de bon ton de vous faire un article sur la tragique « Histoire de Melody Nelson », ou bien sur les crises de paranoïa de « L’Homme à Tête de Chou », mais en ces périodes de fêtes, rien ne vaut l’humour caustique et les airs dansants de « Rock Around The Bunker », un autre grand album de Serge Gainsbourg.

C’est le vinaigre d’échalote dans les huitres si vous voulez. Donc voilà le topo : 1975, Gainsbourg qui trippe sans vergogne sur la Seconde Guerre Mondiale, la Nuit des Longs Couteaux, les ébats sexuels d’Hitler avec Eva Braun, l’étoile jaune, et j’en passe. Vu d’ici, ce n’est pas l’album le plus élégant que Gainsbourg ait pondu, et pourtant…

Outre le fait qu’il ait lui-même porté l’étoile jaune en 1942, ce qui ne lui donne pas plus le droit qu’un autre de traiter d’un tel sujet, Gainsbourg arrive à aborder ce lourd morceau d’histoire grâce à la légèreté des classiques du rock’n’roll des années 1950, genre bal de promos pour étudiants ricains, mais clairement orienté rythmen blues. Un petit piano sautillant et une session instrumentale remarquable, comme souvent chez Gainsbourg, ce à quoi vous ajoutez sa voix unique et des textes plein d’humour et de décalage, et vous obtenez, contre toute attente, l’album de Gainsbourg réalisé avec le plus de tact, et la plus grande finesseSujet très tendre, Rock Around the Bunker  n’a pas l’ambigüité des albums cités plus haut. Ici tout est clair, limpide. On aime ou on aime pas.

Je ne saurais que trop vous conseiller d’écouter cet album d’à peine trente minutes au casque, vous aurez l’impression que Gainsbourg vous susurre ses textes à l’oreille et vous pourrez capter les moindres variations dans sa voix, les moindres sursauts, hésitations, tous savamment calculés et joués, plus que chantés d’ailleurs.