Qu’ils mangent de la brioche !

La rumeur de la révolte afro-orientale fait écho tous les jours dans nos médias se teintant bien souvent d’un paternalisme occidental présomptueux. Mais sans doute n’est-ce rien en comparaison du comportement de nos dirigeants responsables. Une révolte oui, mais pacifiste ! Rien de plus embarrassant que des morts au nom de la liberté… Qu’un sang impure abreuve nos sillons, disait l’autre.

Des états d’urgence

L’état d’urgence donc. Cela fait des décennies qu’il est proclamé ici ou là sans plus d’effet pour les populations qui, à l’heure de la cyber-mondialisation, doivent se contenter de lécher les vitrines d’une société de consommation outrancière. Bien qu’au soleil, la misère n’en est pas moins pénible. Une misère sociale alimentée par un chômage toujours trop important et une précarité devenue insupportable.

Et c’est une prise de conscience, un réveil brutal qui secoue aujourd’hui le Maghreb et une partie du Moyen-Orient. Marre de ne même plus avoir les miettes d’un gâteau pourtant pas si petit, marre de ces guides accaparant un pouvoir au nom d’une urgence qui n’est plus la même, marre de ces promesses vieilles de trente ans inabouties…

Tirer sur la foule

Aux armes donc. Depuis les premières heures de la révolte tunisienne, la foule n’est plus simplement manifestante, elle est revendicatrice et combattante n’hésitant plus à faire face aux forces d’un ordre vacillant pourtant armées. Et n’en déplaise aux Sarkozy, Obama et autre Ban Ki-moon, ces révoltes tunisiennes, égyptiennes, libyennes ou yéménites n’ont que faire de la notion de pacifisme face à des dirigeants qui le leur rendent bien.

La répression organisée par les milices contre-révolutionnaires en Égypte ou l’intervention d’une armée encore fidèle en Libye n’encouragent d’ailleurs pas à embrasser l’illusion pacifiste de la désobéissance civique. Au contraire, l’intransigeance des insurgés et le rôle stabilisateur de l’État tendent à aboutir à des conflits intérieurs de fortes intensités. Des guerres civiles entre révolte et révolution menées au nom de revendications pas encore intellectualisées.

L’illusion de la révolte

Guerres civiles donc. Mais dans quel but ? Alors qu’on se targue de faire la révolution, certains essaieraient d’en faire, au nom de la raison et dans une contradiction consciente, des tremplins du réformisme. Bien sur, on pense aux dirigeants politiques mais aussi aux états-majors des armées dont l’avenir est inextricablement lié à l’évolution de ces révoltes. Mais que ce soit dans son ralliement ou son opposition aux mouvements, l’armée demeure le meilleur garant d’un réformisme conservateur et stabilisateur comme il le fut durant les dernières décennies.

Et ce n’est pas pour rien que les puissants de ce monde affichent un enthousiasme plus que mesuré quant à ces mouvements sociaux. Si il y eut un élan de sympathie pour la cause tunisienne, le cas égyptien et la propagation des tensions aux restes du Maghreb et au Proche-Orient eurent largement raison des sourires forcés de ces messieurs-dames du G8. La position géostratégique de l’Égypte est bien plus importante que des considérations démocratico-populaires. Mais heureusement, la reprise en main du pays par l’armée arrange tout le monde en préservant des liens moraux avec la population et diplomatique avec le monde occidental. Mais qu’en sera-t-il pour la Libye ?