Profession : Bourreau

Jusqu’en 1981, en France, on condamnait à mort et on guillotinait. Mode d’exécution radical mis au point par M. Guillotin avec le support du guillotiné le plus célèbre… Louis XVI. On oublie souvent que derrière chaque exécution se trouvait un exécuteur, aussi appelé bourreau.

Le 8 octobre 2008 mourrait Marcel Chevalier dans l’indifférence générale. Pourtant, en tant que chef exécuteur de la République, il guillotina les deux derniers condamnés à mort de France en 1977. Une question taraude…Comment devenait-on bourreau dans les années 70, en France ? Employés par le ministère de la justice, les bourreaux appartenaient en fait à des dynasties. Habitués dès leur plus jeune âge à voir la mort en face, ils étaient formés pour cela et perpétuaient une macabre tradition, celle d’asséner le coup de grâce.

De 1688 à 1847, c’est la dynastie des Sanson qui a supervisé l’exécution des condamnés à mort parisiens. Louis XVI, Marie-Antoinette, Danton, Robespierre … Tous sont passés sous la lame aiguisée et actionnée par un Sanson. La dynastie perdra son « privilège » en 1847. Henry Clément Sanson a effectivement manqué de rigueur dans son travail. Grand amateur de jeux, il se ruina jusqu’à placer son outil de travail, la guillotine, chez un prêteur sur gages. Sommé de révéler où était passée la guillotine, il est démis de sa fonction et remplacé par le descendant d’une dynastie d’exécuteurs normands.

Deibler: 395 têtes

Plusieurs bourreaux, issus de dynasties provinciales se succéderont ensuite jusqu’en 1904 à Paris. Vient alors la dynastie Deibler. Anatole Deibler occupa la fonction de bourreau pendant 40 ans et trancha pas moins de 395 têtes. Le nombre d’exécutions ayant clairement diminué depuis la fin de la Révolution française, un seul bourreau suffisait pour toute la France. Anatole Deibler est un cas intéressant puisqu’il a consigné par écrit le déroulement des exécutions mais aussi la réaction de certaines condamnées face à la mort. C’est le seul bourreau qui ait exprimé des sentiments, certes mesurés, par écrit. A de rares reprises, Anatole Deibler semble même éprouver de la culpabilité face à certains condamnés effrayés par l’idée de mourir.

Exécution publique à Lons le Saunier, 1897

Deibler meurt en 1939, juste avant la seconde guerre mondiale. Ironie du sort, son successeur et cousin, Jules Henri Desfourneaux, cousin de Deibler exerça pour le compte de l’Etat Français du Maréchal Pétain pendant la collaboration et fut le même qui exécuta des collaborateurs après la guerre  Il fut l’un des bourreaux les moins scrupuleux, accepta de suivre à la lettre les ordres de Vichy et fut ainsi le seul bourreau de l’histoire à devoir exécuter une femme condamnée pour avoir procédé à des avortements clandestins. Il exécuta une quinzaine de résistants. Ses assistants le lâcheront pour cela en 1943, preuve que même chez les exécuteurs, l’idée de résistance avait percée.

Le dernier bourreau de la République, Marcel Chevalier n’a jamais parlé de son métier après l’abolition. On peut le comprendre. C’est un cas bien français que d’avoir continué à confier à un seul homme la charge d’exécuter des condamnés. En Chine, des militaires officient tandis qu’aux Etats Unis, le dernier bourreau officiel est mort en 1950 en réparant une chaise électrique… Aujourd’hui, plusieurs personnes participent à la mise à mort, chacune ayant une tâche bien déterminée qui ne lui fasse pas porter tout le poids de l’exécution. Une solution qui prouve bien que même favorables à la peine de mort, les Etats ressentent une gêne à l’appliquer. Reste à espérer que comme en France, on ne parle bientôt plus des exécuteurs qu’au passé.