Privés de télé

A l’heure du tous au numérique, du satellite et autres chaînes cryptées, certains font le choix du non-télé. Pas qu’une question économique, une vraie volonté. Entrée dans un monde crypté.

Dans le salon, des affiches de ciné, le canapé, des livres, beaucoup de livres. Mais pas de télé. Ouvrez les placards, cherchez sous le lit, vous aurez beau scruter chez ces gens là, vous ne la trouverez pas. Ils ont fait un choix. Comme 2 à 3 % des Français, ils n’ont pas de petit écran à la maison. Non par contrainte financière mais comme une philosophie de vie. «  On revit et ca ne nous manque pas. On fait autre chose, on se parle, on lit, on sort … » raconte Delphine, parisienne d’une trentaine d’année, qui a arrêté la télévision depuis qu’elle vit en couple.

Télévisuels = no-life ?

A les écouter, on peut se demander. Surtout quand on sait qu’un Français passe en moyenne 4 heures par jour devant le petit écran, soit 1440 heures en un an, et 123 840 heures si on espère vivre juqu’à 90 ans. La bagatelle de près de 15 ans à offrir du temps de cerveau disponible à Coca comme diraient certains. Voilà de quoi réfléchir. Car malgré la télévision numérique, la TNT et le câble, les bonnes soirées télé se font rares.

Mais ça serait aussi oublier que la télévision joue un rôle social non négligeable, qui marque une culture populaire partagée. Quid des matchs de foot entre amis et autres soirées plateau télé … Le choix de « pas de télé » c’est de s’exclure aussi un peu de tout cela. Que de conversations meublées dans l’ascenseur, à la cantine, au bureau, sur le dernier prime-time, ou la série diffusée la veille. Des gens à qui il faut avouer que « non, je n’ai pas regardé, je n’ai pas la télé« , et que ce choix ne ramène pas forcément au Moyen-Âge comme l’explique cette blogueuse. Des gens qui se moquent, méprisent ou restent incrédules et à qui il faut assurer que l’on n’est pas forcément snob, juste un peu différent. Pas snob, mais souvent plus diplômés comme le montre le sociologue Bertrand Bergie dans une étude sur le sujet. Ainsi, 10% des titulaires d’un titre post-bac n’ont pas de télévision, contre seulement 2% pour les ouvriers.

Internet : la télé de demain ?

Et si les enseignants représentent 20% des sans-télé, les professionnels de l’information arrivent en 3ème position. Étonnant ? Pas sûr. Car si les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés, peut-être que les gens de l’actualité se renseignent ailleurs qu’à la télévision où le show a parfois tendance à primer sur les faits. D’autant qu’aujourd’hui avec la presse papier sur le web, les chaînes Dailymotion et Youtube et les émissions de télévision en replay, Internet comme futur de la télévision, c’est déjà une réalité. Comme ces Français à l’étranger, qui regardent les rediffusions du Petit Journal à l’heure du petit déjeuner.

Les non-télé deviennent finalement des gens encore plus dans la « norme ». A la pointe même. Une manière de faire le choix de voir ce que l’on veut, où et quand de la télévision. Et de la consommer avec modération, l’abus de télévision pouvant être dangereux pour la santé.