Portraits de présidents, say cheeeeese

Photographié hier dans les jardins de l’Elysée, François Hollande a choisi Raymond Depardon pour son passage obligé derrière l’objectif. La photo officielle, la première erreur de comm’ de chaque nouveau président ?

Depardon, s’il est utile de le rappeler, est le photographe argentique noir et blanc de la France du terroir. Avec Doisneau et Cartier-Bresson, il fait partie de ces photographes qui remplissent les expos de la BnF.

Emblématique, reconnu, unanime, tout y est pour que ce soit un bon choix. Tout, sauf la fraîcheur : en choisissant le photographe des « temps morts » et du terroir, Hollande ne s’enfoncerait-il pas dans un carcan barbant à force d’être normal ? On aurait bien rêvé à la place de Depardon, d’un jeune photographe non-conformiste, activiste et engagé (même s’il aurait probablement refusé) qui incarnerait véritablement le changement. En attendant le résultat et le développement de la pellicule (sic), voici un premier cliché de François Hollande à Tulle par Depardon en 2005 (oui bien en 2005, pas en 1965).

Mais alors pourquoi François Hollande a-t-il choisi Depardon ? François n’y est pas pour grand chose, on doit en fait l’initiative de ce cliché à Valérie Trierweiler, qui a récemment organisé une expo Depardon au siège du Parti Socialiste. Valérie a bien flairé la mode des photos rétro-néo-vintage sur son Twitter, le filtre Instagram y serait peut-être pour quelque chose (Instagram = normal, cqfd).

Fidèle à la tradition de la photo officielle, François Hollande a certainement fait pris cette décision dans le but de se démarquer de son prédécesseur qui avait choisi Philippe Warrin, photographe des candidats de la Star Ac’, de Secret Story et d’autres d’intellectuels de TF1.  Nicolas Sarkozy, on s’en souvient, tassé sous les étagères de la bibliothèque de l’Elysée, avec d’immenses drapeaux pour compagnons n’avaient franchement pas cassé la baraque. Quoiqu’on pourrait noter un petit effet vintage sur la couleur du bois.

Même si l’idée y était, on était loin de la beaugosssitude sereine de Barack.

En 1995, Chirac est un président détendu. Photographié par Bettina Rheims dans les jardins de l’Elysée, c’est la première fois qu’un président pose à l’extérieur. Mais le résultat n’est pas à la hauteur de la réputation sulfureuse de la photographe plus connue à l’époque pour ses clichés voyeuristes de strip-teaseuses.

Mitterand choisit quant à lui de tout miser sur son image d’homme cultivé en posant avec les « Essais » de Montaigne sur les genoux. Pas de costume de cérémonie, un visage souriant et une posture assise, Mitterand est l’homme de la force tranquille. Gisèle Freund est sélectionnée pour ses portraits des grands auteurs français des années 30 (Malraux, Beckett) avec lesquels Mitterand cherche comparaison.

Candidat élu grâce à sa « modernité », VGE se doit de rompre les codes de la photo classique. Petit sourire en coin, drapeau français flottant au vent, format paysage, la mise en scène est pour la première fois vecteur de communication.

VGE commande en effet son portrait à Jacques-Henri Lartigues qui exposait au Moma au même moment, pour en finir avec les poses préhistoriques de Pompidou et de Gaulle.