Liberté, égalité, fraternité, chéries

Les débats sur l’identité nationale auront duré près de 3 mois. Trois mois de pirouettes plus ou moins contrôlées, sur une question plutôt ambitieuse : « Qu’est-ce-qu’être français ? ». Tout un programme qui nous renvoie à notre nationalisme profond.

Ouh, la gadoue, la gadoue

M. Besson avait sûrement imaginé une fin plus glorieuse. En voulant se démarquer sur le thème de l’identité nationale, cher à Nicolas Sarkozy, fini l’image de ministre de l’ouverture. Mais la réalité des débats qui s’enlisent, des propos aux relents racistes, des consultations publiques désertées et/ou récupérées est tout autre. Panique dans l’oreillette, « Identité nationale, un débat qui fait fausse route ? », la question est posée, comme sur la chaîne parlementaire dans l’émission « ça vous regarde ».

Et c’est François Fillon qui vient mettre un premier terme, lors du séminaire gouvernemental du 8 février dernier, à un débat pourri par des relents électoralistes. Eric Besson ne s’en cache pas. « La pire des choses à faire est de laisser les questions de nation, d’immigration au FN », se défendait-il auprès des journalistes. Sur ce dernier point, je suis tentée d’acquiescer. Car comme 61% des français, je pense que ce débat n’a pas permis de définir ce qu’était « être français », et je m’interroge : Pourquoi cette question à l’apparence simple revêtait-elle toujours un caractère si fort ? Comme si en France la charge émotionnelle était telle qu’il fallait toujours dévier le problème sur les questions d’immigration.

Les « messurettes », comme les appellent l’opposition, annoncées par le Premier Ministre, retombent d’ailleurs sur les épaules de l’école : création d’un carnet du jeune citoyen, présence, dans chaque école, du drapeau républicain, affichage dans les classes de la Déclaration des droits de l’homme et apprentissage de la Marseillaise, chantée au moins une fois par an. (à quelle occasion ?)

« On ne naît pas français, on le devient ? »

La réponse est donc dans l’éducation. Mais peut-on et doit-on éduquer les Français à être fiers de leurs couleurs et de leur nation ? Et cela doit-il venir d’une mesure dictée aux écoles par un Premier Ministre ou une ex-candidate aux élections présidentielles ?

A la différence des Américains qui affichent fièrement la bannière étoilée aux fenêtres et dans les rues, le drapeau français flottant dans le jardin est assez exceptionnel. Différence culturelle vous me direz. Nous n’avons pas vécu le 11 septembre et le Patriot Act qui ont renforcé leur besoin d’afficher au monde entier : « vous nous avez touchés, mais nous sommes toujours debout et nous en sommes fiers ». America is back ! America #1 !
Différence historique donc. Pourtant, on connaît le chauvinisme des français. Et à l’inverse de l’Allemagne, nous ne sommes pas si « honteux » de notre histoire. Il leur aura fallu attendre 60 ans et la Coupe du Monde de football de 2006, pour que les Allemands manifestent à nouveau un nationalisme modéré et que les drapeaux noirs-rouges-jaunes soient affichés ouvertement. Une évolution des mentalités conséquente.

La marée bleue

Alors bien sûr, en France aussi à l’occasion de la victoire des Bleus, en 1998 puis en 2000, ce fut un débordement de victoires sur les Champs Elysées. C’est qu’en dehors des stades, et des édifices publics, on voit peu flotter les couleurs nationales. Le FN en a d’ailleurs fait le symbole de ces manifestations publiques. A l’inverse des drapeaux régionaux, comme celui de la Bretagne ou du Pays-Basque qu’on décline en autocollants, fanions, et autres arbres à sapin. Comme pour se différencier et afficher qu’on n’est pas seulement qu’un français. Simple envie de se démarquer ou réel malaise face à l’ordre établi et les institutions françaises toutes entières ? Le drapeau serait-il seulement le symbole de la France d’en haut, des « politiques tous pourris » ou du FN, pour que le peuple le délaisse à ce point ?
L’éducation des générations futures de petits Français serait peut être plus aisée, si ces questions de fond sur la perception de nos représentants et des institutions françaises étaient vraiment soulevées. Parce qu’un drapeau, ce n’est surement pas qu’un simple tissu coloré … et qu’être Français, ce n’est pas juste une question d’immigration !