Lectures aléatoires : Lost in translation

Au début des années 20, la société américaine abandonne les valeurs traditionnelles du travail au profit de l’argent gagné facilement. La guerre et le krach de 1929 viennent jeter une ombre au tableau et l’histoire de la littérature américaine est marquée par ses héros à la recherche d’une jeunesse à jamais perdue, celle de la Lost Generation

À l’est d’Éden – John Steinbeck

À l’est d’Éden est une saga familiale sur trois générations où le bien et le mal sont disséqués sous toutes leurs formes. Adam Trask est la colonne vertébrale du livre vers qui tous les personnages secondaires convergent. Grâce à la mise en scène de destins remarquables (surtout dans la deuxième partie), Steinbeck aborde en profondeur les thèmes de reconnaissance sociale et d’acculturation. Sur 630 pages, c’est sur il faut s’accrocher mais certaines discussions entre Adam, homme au foyer, Sam, son ami bourreau de travail et Lee, son homme à tout faire chinois sont des must read qu’on devrait faire étudier aux lycéens en plus de Zadig et/de Voltaire (au choix, rayer la mention inutile).

Gatsby le Magnifique – Francis Scott Fitzgerald

Vous n’avez pas fini d’entendre parler de Gatsby cette année, un remake avec Leonardo DiCaprio et Carey Mulligan est en cours de réalisation. Gatsby est surement le symbole le plus connu de la Lost Generation : il a déjà été incarné par un Robert Redford plutôt médiocre et on a même collé son nom à un ligne de sacs à mains et de briquets. Si Gatsby fascine autant c’est parce qu’il veut faire durer à l’infini la période limitée de l’adolescence en donnant des fêtes toujours plus extravagantes dans sa villa de Long Island. Il se rendra compte à ses dépens que ce n’est en possédant Daisy, son premier amour marié qu’il reconquiert sa jeunesse ni en se faisant construire un château de style gothique qu’il se crée le passé dont il rêve. Fitzgerald démontre avec Gatsby le Magnifique le pouvoir dévastateur de l’argent et l’illusion de ceux qui le possèdent.

Manhattan Transfer – John Dos Passos

Dans Manhattan Transfer, John Dos Passos transpose tout le wilderness qu’il a en lui dans un environnement urbain, et pas n’importe lequel, dans le New York du début du 20ème (on n’arrive jamais à savoir quand exactement, la 1ère guerre mondiale et la prohibition sont les seuls repères). Confronté dès la première ligne a des personnages dont on ne sait rien, le style de Dos Passos donne des hauts le cœur mais passés les premiers chapitres, la trame se met en place. Dos Passos a aussi cette particularité de passer des descriptions et dialogues classiques aux pensées des personnages sans transition « Peux pas prendre un taxi, du reste j’ai envie de marcher« . Ce procédé donne au livre un air de série de polas pris un peu au hasard dont les détails semblent insignifiants au départ mais qui finissent par former un ensemble cohérent. On sort de ce Manhattan haletant avec la furieuse envie de connaître cette frénésie qui habite ces New Yorkais.