Le Père Nöel serait-il black et mégalo ?

Malgré un marketing aux petits oignons, personne (en tout cas pas moi) n’était préparé à voir débouler Kanye West en superhéros, tel le Che Guevara en shutter shades du rap. Pourtant, il faut voir la vérité en face, c’est arrivé. Le producteur de Chicago a atteint la première place des tops 2010 de nombreux magazines et blogs influents. Le nouvel album du génie autoproclamé nommé humblement : My Beautiful Dark Twisted Fantasy, vaut-il vraiment les éloges des journalistes ou les attaques de ses détracteurs ? Difficiles à dire. Retour sur un disque qui en a fait réagir plus d’un.

Le Rolling Stone Magazine le sacre album de l’année en finissant sa chronique par ces mots : « Is the album dark? Sure. Twisted? Of course. But above all, it’s beautiful. » C’est ce qu’on appelle une bonne critique. Pitchfork, la bible des blogueurs, en fait de même : number one 2010. Même les Inrocks y vont de leur couche de pommade. Chez les grands aucune critique vraiment objective ne se présente au lecteur naïf et inculte en matière de hip-hop que je suis. Se sont-ils tous mis d’accord pour faire gagner des millions à Kanye ? Profitent-ils de la moindre vaguelette sur l’onde médiatique pour y surfer et vendre leurs paperasses ? Ou l’album est-il réellement grandiose ?

Pendant ce temps-là ça chauffe côté commentaires ! Les gars de la vieille école s’insurgent contre un imposteur qui n’aurait rien révolutionné du tout et déplore de tous leurs claviers sa consécration en nouvelle égérie du rap des années 10. Cette résistance est compréhensible, le personnage reste critiquable sur beaucoup de points. Son style bien loin de la rue, son désintérêt de toutes questions sociales, sa manière de mélanger le hip-hop et la pop, son amour propre démesuré, son penchant pour le commercial le rendent aux yeux de beaucoup détestable.

Les guerres de cloché aux échos enfantins s’estompent petit à petit pour laisser la musique prendre le pas sur toute autre considération contextuelle. Les onze titres ne laissent pas indifférents, c’est déjà ça. On remarque tout de suite la qualité de la production avec des samples utilisés de manière assez intelligente et des beats d’une efficacité à toute épreuve. Les chansons sont longues parfois trop longues mais à la réécoutes on peut apprécier le coté Progressif de cet étalement. Quelques ratés tout de même, le trio avec Rihanna et Fergie, malgré une bonne batterie reste trop lisse et maladroit dans l’interprétation. Si Kanye est à n’en pas douter un très bon producteur et un rappeur honnête, son chant laisse toujours à désirer. Malgré son sacro-saint Auto Tune (le gadget qui donne à la voix de Cher sur Believe son timbre si délicat), il a du mal à convaincre complètement.

Il s’agit d’un bon disque à n’en pas douter, moitié commercial à en devenir cliché parfois sur certaines mélodies de chant, moitié expérimentale, dans l’utilisation des samples et dans la juxtaposition de courants musicaux opposés. Un bémol tout de même, la fâcheuse tendance du Narcisse à ne rapper que sur lui même jusque dans les moindres détails, même si le rappelle de l’anecdote  des Fish stick de South Park fait toujours sourire.