Le gaz de schiste au naturel ?

Le 18 avril , Fillon annoncait à l’Assemblée nationale, deux mois après le moratoire temporaire exigé par Nathalie Kosciusko sur l’exploration du gaz de schiste, que tous les permis d’exploration attribués en France seraient abandonnés. Pourquoi une telle attitude alors que la France serait la deuxième réserve européenne du précieux gaz ? Zoom sur une ressource explosive qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

Aux États-Unis, l’état de New York a imposé un moratoire sur l’exploration du « shale gas » depuis décembre 2010 car on s’est rendu compte qu’il était vraisemblablement très polluant pour les eaux de la ville. Au Québec, un arrêt total de cette exploitation a carrément été demandé tous azimuts  alors qu’elle bénéficie d’un vide juridique pour le moins angoissant. Tous ces pays qui marchent au charbon et au nucléaire et qui ont peur du gaz naturel… Quel est le problème au juste ? Petit voyage au Coeur des USA.

De l’eau dans le gaz aux États-Unis

Le gaz de schiste est ce que l’on appelle un gaz naturel “non conventionnel”. Retenu dans des formations schistes, roches sédimentaires très riches en pétrole et de gaz naturel, son extraction était, il y a encore quelques années, très couteuse. Grâce aux avancées des super Texans, les coûts d’extraction ont chuté et le gaz de schiste est devenu la source d’énergie la moins chère et dépendante des importations aux États Unis.

Quand on sait que le baril de brut a atteint 120 dollars, que le nucléaire a un peu moins la côte, que le charbon s’amenuise et que le gouvernement fédéral n’est pas prêt à développer massivement les énergies renouvelables, le gaz de schiste apparaît comme l’aubaine du 21e siècle. Déjà multipliée par deux entre 2008 et 2009, l’ évaluation des réserves de gaz américaines a fait chuter rapidement le coût de l’énergie, faisant croire à un retour de l’avant 1973.

Comment ça se produit?

La nouvelle technique utilisée pour extraire le gaz naturel de la roche est une combinaison de forage vertical d’une sorte de cheminée qui devient un puits et du fameux « Hydro fracturing », injection a très forte pression de quantités d’eau énormes, de produits chimiques (parfois inflammables) et de sable dans le puits pour libérer les précieux hydrocarbures.

Le gaz est ensuite brûlé pour produire de l’électricité,  émettant jusqu’à deux fois moins de CO2 que si l’électricité avait été produite avec du pétrole. Sur ce point-là donc, ils sont plutôt dans le vert. Mais par contre…

Un léger souci de contamination

Par contre le documentaire Is extraction of shale gas by fracking safe produit par BBC News en décembre 2010 et diffusé sur Arte en Avril, nous explique les principaux risques environnementaux et sanitaires liés à cette extraction.

En premier lieu, le besoin en eau pour l’extraction des hydrocarbures est gigantesque, ce qui contribue à vider les réserves dans certains États arides, comme autour de la Sun Belt. D’autre part, cette eau est chargée de produits chimiques qui, comme l’explique la vidéo, peuvent être hautement inflammables. Le risque d’explosion sur le site et dans les canalisations d’eau contaminée est donc important.

Enfin, la gestion des eaux usées pose un problème. Les entreprises américaines se sont vues allouer des concessions les yeux fermés et n’ont pas tellement de compte à rendre quant au stockage et à l’assainissement de leurs déchets. Des lacs d’eau chimique stagnante se créent dans des pseudo réservoirs à ciel ouvert. Les produits chimiques s’infiltrent dans les nappes phréatiques, les cours d’eau et recouvrent les terres agricoles environnantes d’une fine pellicule volatile lorsqu’il pleut.

En Europe, l’Allemagne mène la danse et cherche à développer l’exploration, espérant pouvoir se passer du nucléaire ou diminuer ses importations de brut. En France, après quelques années de silence et de prospection soutenue par le gouvernement, un vent de précaution vient de souffler. Pour une fois, je n’ai pas honte de  notre frilosité…