La neige ne tombe plus du ciel

Un soleil magnifique, 2 degrés à 2 000 mètres d’altitude, 20 degrés au milieu de la journée en bas des pistes, pas de chutes de neige depuis janvier et cependant, pour notre grand bonheur de skieur fanatique, une neige trés honorable…Il y a dix ans elle aurait fondue…Aujourd’hui elle se cultive !

Skier, se laisser glisser, respirer un air pur qui ravive globules rouges, bronzer en mode allumette, le rêve. Sauf que cette année plus que jamais, il a fait très chaud dans les Alpes et il a peu neigé depuis janvier. Au point que certaines stations craignaient de devoir fermer pour les vacances de février déjà bien entamées. Le climat change, les glaciers fondent, quoi de plus normal alors que l’enneigement de nos beaux domaines skiables se raréfie ?

Nature = culture

Quoi de plus normal sauf que les stations ont investi massivement afin de s’équiper et, endettées jusqu’au cou, elles doivent assurer de la neige de décembre à avril pour éviter la faillite et de nombreuses pertes d’emploi… Alors, pour déjouer les tours de la maligne nature désormais avare d’une année sur l’autre, les stations de ski ont misé sur la production de neige de culture …

La fausse neige c’est quoi au juste?

Pour fabriquer de la neige artificielle, il faut un canon à neige, de l’eau, de l’air et des basses températures. Vous me direz tout cela est naturel et se trouve aisément en montagne. Ou pas. Le principe est de mélanger de l’air comprimé à de l’eau puis de pulvériser les fines gouttelettes dans l’air suffisamment froid afin de produire non pas des flocons de neige, aériens et paresseux, mais des petits grains beaucoup plus denses. La station et son économie tournent, mais pas à n’importe quel coût, financier autant qu’environnemental.

La consommation d’eau

Un des enjeux majeurs de la neige de culture est sa consommation en eau. Afin d’enneiger artificiellement 1 hectare, il faut 4.000 m3 d’eau, contre en moyenne 1.700 litres pour la même surface de maïs, céréale très intensive en eau.

Cette demande est d »autant plus problématique que l’hiver marque l’étiage, saison qui assure la ré-alimentation en eau des nappes phréatiques durement sollicitées pendant l’été et l’automne. Cette pression coïncide en plus avec l’afflux massif de vacanciers et l’augmentation aussi soudaine que spectaculaire de la demande en eau courante et potable. On imagine bien le goulot d’étranglement…

Il s’agit alors soit de pomper l’eau, soit de l’acheminer depuis de grands réservoirs de stockage crées à cet effet dans certains coins du domaine skiable. Tout cela peut devenir couteux en énergie, électricité et fuel.

Et les effets sur l’environnement

Comme rien ne va sans conséquence, l’enneigement artificiel à un impact sur les cycles naturels, la faune et la flore. Sans parler de la potentielle pollution à l’iodure d’argent, parce que je n’y connais pas grand-chose et je crois avoir compris qu’elle restait minime actuellement, la neige de culture, 50 fois plus dure et 4 fois plus dense que la naturelle, imperméabilise les sols qu’elle recouvre et facilite le ravinement et l’érosion.

Elle influence ainsi la saisonnalité de la fonte des neiges qui survient plus tard, ce qui forcément modifie la faune, la flore, et achève d’affamer les pauvres marmottes et autres écureuils qui vivent sur leurs graisses depuis le début de l’hiver.

Enfin,  on ne rivalise pas avec les autorités pékinoises qui eux, font artificiellement tomber de la neige naturelle du ciel afin de limiter la sécheresse dans certaines régions…