La face cachée des Jeux Olympiques

Médailles, cérémonies d’ouverture grandioses (ou ratées) et exploits sportifs… Voici la recette traditionnelle des Jeux Olympiques. Mais, au-delà de leur caractère sportif, les JO sont aussi des événements politiques et diplomatiques de premier ordre.

D’Olympie à Berlin…

On ne connaît pas exactement la date de création des Jeux Olympiques. On sait, en tout cas, qu’ils ont contribués au rayonnement sportif et culturel de la Grèce Antique. A intervalle régulier, des délégations venues de tout le monde hellénique affluaient vers Olympie. Bien avant l’ouverture des Jeux, des messagers issus des membres de l’aristocratie étaient envoyés sur les routes pour annoncer l’organisation de ces Jeux qui étaient devenus des événements incontournables de l’Antiquité.

Puis, les jeux ont disparu avec l’apogée des romains, qui leur ont préféré les sanglants jeux du cirque. Aux oubliettes donc, les Jeux Olympiques. Cependant, l’idée de compétitions sportives fédératrices mêlant performance et pacifisme ne disparaîtra jamais complément. La découverte du site archéologique d’Olympie au XVIIIème siècle donnera des idées et conduira même à l’organisation d’Olympiades de la République à Paris entre 1796 et 1798.

C’est Pierre de Coubertin qui relance définitivement les Jeux Olympiques en 1896 à l’issue d’une campagne de lobbying de longue haleine. Après avoir milité pour le sport à l’école, il propose le rétablissement des JO. Il n’est pas entendu dans un premier temps mais est invité à présenter son projet devant la fédération internationale d’athlétisme. Les douze Etats représentés lors de ce Congrès voteront à l’unanimité en faveur de l’organisation de Jeux Olympiques en 1896. Au fil des années, cet événement va prendre de l’importance, le nombre de compétitions croître et les pays vont finir par se livrer une vraie bataille pour obtenir le droit d’organiser ces Jeux.

Les Jeux Olympiques de Berlin en 1936 constituent le « meilleur » exemple d’utilisation de cette tribune sportive à des fins idéologiques. Hitler en fera son succès, persuadera les athlètes et le public présent à faire le salut nazi à chaque fois qu’il entre dans le stade et surtout, tentera de se racheter une conduite auprès de démocraties (timidement) hostiles. Pari presque réussi puisqu’à l’exception notable de l’Union soviétique, quasiment tous les pays prendront part à ces Jeux sans (oser) poser trop de questions.  En France, l’Assemblée Nationale ne s’oppose pas à l’envoi d’une délégation à Berlin. Des « contre-jeux », prévus à Barcelone seront finalement annulés en raison de la Guerre Civile.

Boycotts, enlèvements et attentats

Après Berlin, les Jeux de 1940 doivent être organisés à Tokyo. Ils sont annulés de même que ceux de 1944 prévus à Londres… Les Jeux de l’après-guerre seront largement marqués par le contexte géopolitique international. La gymnastique devient l’apanage de l’URSS tandis que les Etats-Unis brillent dans les disciplines de l’athlétisme. Le sport devient définitivement un enjeu idéologique et politique. La trêve olympique n’est plus qu’un vague souvenir.

Le boycott devient une arme politique à plus ou moins juste titre. En 1956, l’Egypte, le Liban et l’Irak ne se rendent pas aux JO de Melbourne pour protester contre l’expédition franco-britannique au canal de Suez. En 1976, 29 délégations africaines quittent Montréal la veille de la cérémonie d’ouverture pour protester contre le refus du Comité Olympique d’exclure la Nouvelle-Zélande qui continue d’entretenir des relations sportives avec l’Afrique du Sud de l’apartheid. Et évidemment, les Etats Unis ne se rendent pas à Moscou en 1980 de même que l’URSS et d’autres pays socialistes (Chine, Roumanie etc.) ne se rendent pas à Los Angeles en 1984 au motif qu’une menace planerait sur la sécurité de leurs athlètes. La question du boycott se reposera pour les Jeux de Pékin auxquels toutes les délégations finiront par prendre part.

En 1996, les Jeux d’Atlanta sont marqués par un attentat faisant 2 morts et 112 blessés. Le terrorisme s’invite à nouveau aux Jeux Olympiques et rappelle à tous les Jeux dramatiques de Munich en 1972. Onze athlètes israéliens sont assassinés après une prise d’otages de 24h. Israël, dirigée alors par l’inflexible Golda Meir, refuse toute négociation avec les terroristes palestiniens proches du Fatah de Yasser Arafat. Ces Jeux sont tout aussi dramatiques pour Israël que pour l’Allemagne qui tenait là une occasion de renouer avec le rêve olympique. De Berlin à Munich mais aussi de Paris (1900) à Barcelone (1992), les Jeux Olympiques ont été à l’image du 20ème siècle… pour le moins mouvementé.