L’organisation des Etats américains

Les organisations régionales pour les nuls

La compréhension des relations internationales n’est pas toujours aisée, ne serait-ce qu’en ce qui concerne l’identification des acteurs. Si les Etats et certaines organisations internationales comme l’ONU nous sont très familiers, nous profiterons de l’été pour donner un petit aperçu d’autres acteurs importants de la scène mondiale : les organisations régionales.

Au-delà de notre désormais incontournable Union européenne, les organisations régionales pullulent aux quatre coins du globe. Penchons nous cette semaine sur l’Organisation des Etats américains, l’OEA.

Lorsque James l’emporta sur Simon

Après quelques siècles de domination européenne, l’Amérique prit son indépendance dans un mouvement libéral traversant tout le continent et donnant naissance à l’idéal panaméricain. Entièrement fondé dans son opposition aux empires européens, cet idéal fut incarné par deux grandes figures : Simon Bolivar, El Liberator, et James Monroe, le cinquième président des jeunes Etats-Unis d’Amérique. Malgré tout le prestige de Bolivar, son ambitieux projet d’organisation continentale ne correspondait pas aux aspirations de son temps. Alors que Bolivar était au sommet de sa gloire, le président américain prononça le 2 décembre 1823 son discours sur l’Etat de l’Union, que l’on connait désormais sous le nom de « doctrine Monroe » et dont l’Organisation des Etats américains fut l’incarnation 125 ans plus tard.

Alors que la doctrine proclamait la solidarité continentale et démocratique face à toutes agressions extérieures, la naissance de l’OEA en 1948 mettait en place un système d’alliance défensive et de solidarité continentale autour des valeurs démocratiques et libérales en plein contexte de Guerre froide.

Une arrière-cour…

La constitution de l’OEA illustre parfaitement la montée en puissance des Etats-Unis sur la scène internationale. Modelée à leur image, l’OEA incarna l’impérialisme politico-économique nord-américain sur les pays latinos. Ce fut surtout la matérialisation de ce que Monroe et son secrétaire d’Etat John Quincy Adams avaient défini comme l’hémisphère occidentale, la zone d’influence des Etats-Unis.

Si Denise Artaud parla d’arrière-cour pour désigner l’Amérique centrale, il n’est pas aberrant de nommer l’OEA de la sorte. Bien qu’ornementé d’une majestueuse statue de Simon Bolivar, le siège de l’Organisation situé au cœur de Washington DC cache bien mal son allégeance à la superpuissance nord-américaine. De l’exclusion de Cuba en 1962 à celle de l’Honduras en 2009 en passant par l’invasion de la République Dominicaine par Johnson en 1965 ou la politique agressive de Ronald Reagan dans les années 1980, l’OEA fut le vecteur de promotion des intérêts américains sur l’ensemble continent.

… bien contestée

Si la Charte de l’Organisation affiche une ambition panaméricaine très nette, l’influence des Etats-Unis, que nous venons de voir, fut très largement contestée parmi les pays latino-américains. D’abord internes, ces contestations menèrent à une politique de concurrence de la part des opposants à l’impérialisme des Etats-Unis. Reprenant le discours castriste et guévariste, Hugo Chavez s’appuya sur la dénonciation de l’OEA pour promouvoir la coopération des pays latino-américains autour des valeurs socialistes en créant avec Cuba en 2005 l’Alliance bolivarienne pour les Amériques – ALBA –, se réappropriant au passage l’œuvre panaméricaine d’El Liberator. Bien qu’aujourd’hui rejoint par la Bolivie, l’Equateur, le Nicaragua, Antigua-et-Barbuda, la Dominique et Saint-Vincent-les-Grenadines, l’ALBA n’est pas la principale menace pour l’OEA.

Bien que fondé sur le modèle de la Communauté économique européenne afin de concurrencer l’Association de libre-échange nord-américain, le Mercado Común del Sur – MERCOSUR – se présente aujourd’hui comme la meilleure alternative régionale à l’OEA notamment depuis l’élargissement aux pays andins et la création, en 2008, de l’Union des nations sud-américaines– l’UNASUR – sur le modèle de l’UE. Abandonnant l’idéal identitaire panaméricain pour une identité proprement sud-américaine, l’UNASUR et ses Etats phares, le Brésil en tête, se posent aujourd’hui en acteurs indépendants.

Mais bien que contournant effectivement l’Organisation des Etats américains dans de nombreux domaines, peuvent-ils réellement prétendre sortir de l’influence politico-économique des Etats-Unis ?