Interpellation brutale injustifiée à la Foire du Trône

Avant même que l’affaire précédente se termine, le jeune avocat vient parler au prévenu assis devant moi, à côté de sa mère. Elle porte régulièrement un mouchoir à ses yeux, ce qui semble faire honte à son fils. « Il faut que tu fasses vraiment gaffe. Tu leurs dis exactement ce que tu m’as dit l’autre jour ». Me reviennent en tête les mots d’un avocat commis d’office : « le pire ennemi de l’avocat, c’est son client ». Le jeune homme né en 1991 se voit reprocher des actes de rébellion accompagnés d’outrages sur un agent de police, à la Foire du Trône de Paris. Aujourd’hui comme souvent dans ce type d’affaires, la partie civile est absente.

Sorti uriner dans un bosquet – dans l’enceinte, les WC sont payants – le jeune homme croise le regard d’une patrouille en civil. Ces derniers décident d’opérer un contrôle d’identité. Le policier dans sa déposition : « l’individu contrôlé à l’air violent et malveillant. Son attitude est provocante et menaçante ». Selon le prévenu, l’interpellation est musclée puisqu’on lui aurait dit : « je vais te tuer » en le tenant par la gorge pour le projeter ensuite contre une voiture. « Vas-y, tue-moi ! » lui aurait répondu le jeune homme du tac au tac. Alors que les esprits s’échauffent, « l’individu crie pour que d’autres groupes hostiles viennent à sa rescousse » déclare le policier dans son PV. Au commissariat, les deux hommes restent sur leurs déclarations.

Pleurnichant sur son banc, la mère du prévenu est inconsolable.

Le Proc’, dans son réquisitoire : « Il faut laisser les policiers faire leur travail. Il faut se laisser faire quand on se fait contrôler ». Elle requiert une amende avec sursis.

L’avocat du jeune homme démarre sa plaidoirie : « Je trouve l’attitude des policiers lunaire ! “Un individu nous toise avec défi, nous allons le contrôler” ! On ne sait pas en quoi il est menaçant et provocant ? Un regard ce n’est pas une provocation ! Une plainte a été déposée à l’IGS ». Il conclut peu après : « s’il y a rébellion ici, et il y a de quoi se rebeller, il n’y a pas d’outrage ».

Lorsque tout le monde s’est rassis, il jette un œil par dessus son épaule en direction de sa mère. Il lève les sourcils, interrogateurs. Elle lui murmure quelque chose d’inaudible.

Le président invite enfin le prévenu à se lever pour écouter son jugement. Il se balance de droite à gauche, comme un enfant. « Monsieur, les circonstances de votre interpellation sont douteuses et ne justifiaient pas cette interpellation ». Le tribunal prononce la relaxe. Le jeune homme se balance encore alors que le tribunal s’agite. « Vous pouvez y aller » lance le Président pour le sortir de sa torpeur. Il n’y croit pas et sa mère remet ça. Entre deux reniflements, elle chuchote : « Oh merci ! Merci ! Merci ! » Épaulé par l’avocat triomphant, le jeune homme, assommé, rejoint sa mère qui l’embrasse. Lui, s’abandonne dans cette étreinte et ferme les yeux.