I need a Dollar

Cette semaine, pas grand-chose à se mettre sous la dent au ciné. Du coup, on va pouvoir parler d’un petit bijou de comédie made in HBO, « How To Make It In America », conte caustique et jubilatoire sur la vie de deux potes, un peu losers sur les bords, essayant de s’en sortir dans la jungle new-yorkaise.

A New-York, ça se passe comme à Paris ou partout dans le monde. Quand on est jeune, pas forcément ultra diplômé, mais plutôt débrouillard et créatif, on cherche, crise oblige, à s’en sortir par tous les moyens, à exploiter les petites combines, tout ça pour atteindre un but des plus ambitieux : payer le loyer. Se loger, certes, mais aussi réaliser ses rêves…

Les rêves, ici, ce sont ceux de Ben et Cam, deux mecs un peu paumés. Ben travaille dans un ersatz de Gap et est graphiste à ses heures perdues, c’est aussi un mec très fashion dans le genre casual. Cam, c’est son pote d’enfance, entre eux, une amitié indéfectible et une relation fraternelle. Forcément, on ne peut pas faire plus différent entre les deux. A Ben, la sagesse, le côté romantique tête en l’air, et l’appart. Cam, lui est le prototype du latino charmeur/tchatcheur, habitant chez sa grand-mère.

Un mec débrouillard, plutôt attachant, écrasé physiquement et psychologiquement par son ancien taulard de cousin -le toujours très bon Luis Guzman qui trouve pour une fois un rôle à sa mesure. Donc, pour en revenir à nos oignons, ces deux petits gars qui sont aussi à l’aise dans les vernissages qu’à la pizza du coin, décident un beau jour de se lancer dans le textile, et de créer leur marque de jean. Entre l’emprunt souscrit auprès du cousin pas très net, et les galères rencontrées dans le monde impitoyable de la fringue, nos deux amis ne sont pas sortis d’auberge, et l’on s’amuse à les voir se démener, tels des chiens à la recherche d’un os à ronger, dans la jungle urbaine.

A Dollar is What I Need

La toile de fond, on l’aura compris, c’est bien évidemment la crise dans tous ses états. Economique, sociale, identitaire, sentimentale, elle semble s’échapper par tous les pores de personnages hauts en couleurs portés par des acteurs à la hauteur de l’évènement. Par exemple, René, le fameux cousin incarné par Luis Guzman. Après deux séjours en prisons, ce parrain d’opérette décide de se ranger pour devenir enfin un homme respectable et non plus seulement respecté. «Ils nous ont toujours dit que l’Amérique était le pays des opportunités. Mais tu vois pour moi, le seul avenir était de me faire tirer dessus ou d’être arrêté. Une nouvelle période est arrivé. Un noir a été élu président, une portoricaine est à la Cour Suprême. Et comme eux, je veux faire la différence pour ma communauté.» Et quoi de mieux pour cela que de créer sa petite entreprise, mais pas n’importe laquelle: Rasta Monsta, le Red Bull caribéen, que cet hurluberlu de René va s’efforcer d’importer sur le territoire US.

Pour finir, How to Make it in America, c’est aussi une bande-son des plus classieuses, qui n’évoque pas, n’invoque pas, mais convoque la fine fleur de la scène indé. Des anciens de A Tribe Called Quest aux petits nouveaux de Wave Machine sans oublier Florence & The Machine ou les frenchies de Phoenix remixés par Neighbors, la série est un plaisir pour les yeux mais aussi les oreilles. Pour les papilles voyez ça avec David…