Dramaturgie socialiste

Visiblement la situation ne s’arrange pas du côté du Parti socialiste. Alors que le ton devrait être au diapason, la Star’ Ac des candidats socialistes fonctionne à l’envers. De plus en plus de candidats, pour le retour des querelles de doctrine, de tendances et de personnes.

Ce matin, toute la PQR et les ondes de France Inter nous annoncent que Ségo est sortie du frigo. Oui je suis candidate aux primaires, a-t-elle a déclaré hier dans un entretien à « La Nouvelle République ».  “Pourquoi riez-vous ? (…) Je sais le temps qu’il faut pour convaincre les Français que l’alternance est possible et que la gauche va changer durablement les choses ”, l’a-t-on entendu asséner sans se démonter face aux questions de Patrick Cohen.

Bien plus qu’une simple candidature de plus, la déclaration de la candidate de 2007 est un acte brutal, qui fait voler en éclats les appels à l’unité et au travail de fond du parti de l’opposition. Plus le temps de temporiser. Faites vos jeux.

Paroles & paroles

La semaine dernière, Martine Aubry avait clairement laissé entendre que Ségolène Royal, DSK et elle-même avaient convenu de ne pas se présenter l’un contre l’autre aux primaires socialistes. « Un pacte de non-agression » dont les observateurs politiques s’étaient émoustillés. Un Parti en ordre de bataille, des égos qui sont rangés dans la poche, un projet collectif, le dénouement semblait positif.

Dans un élan de bravitude, Martine s’était même exclamée « Nous ne nous transformerons pas en machine à perdre en nous déchirant entre nous », laissant entendre qu’elle serait même prête à sacrifier sa candidature, pour l’espoir du peuple de gauche.

Mais ! La « machine à perdre », qui a déjà fait ses preuves en 1992, 2002 et 2007 semble difficile à enrayer. Et dans la cacophonie des pré-primaires socialistes, Ségolène Royal a tiré le premier prix.

Faire l’évènement

Il y a quelques jours, Ségolène Royal avait déjà créé une onde de choc en dénonçant l’entente cordiale présentée par Martine Aubry. « Je ne dénonce pas le pacte, le pacte n’existe pas », avait-elle assuré en marge d’une convention du MJS à laquelle elle participait. En présentant sa candidature, l’ex-candidate prend le contrepied de la direction du PS et remet tout à plat : le calendrier, les bonnes intentions, les flocons de neige…

L’opération est risquée. Accusée de nombreuses fois de populisme pour ses idées mêmes reniées par Mélanchon, la candidate de 2007 se détache à peine dans les sondages. Ni Première Secrétaire du PS, ni Obama de la Bresse, ni ex-premier secrétaire tentant de refaire surface, l’ex-challenger de Nicolas Sarkozy n’a qu’un atout : l’expérience. Le fait qu’elle ait incarné la rénovation du PS en 2007, le fait qu’elle « puisse » le faire, peut faire beaucoup, mais pas tout.

Assurant ses arrières, Ségolène choisit de coller à son nouvel ami DSK afin de redorer sa popularité auprès de celle de l’actuel directeur du FMI qui est au plus haut. A la radio ce matin, elle le décrit comme « le meilleur chef de gouvernement que la France pourrait avoir »…

Une petite parenthèse cependant : Comment les partisans de Ségolène qui nous expliquaient que DSK était le grand méchant loup et le meilleur ami de Sarkozy, vont-ils désormais pouvoir justifier un ticket Ségolène-Dominique ?

Un autre tout petit doute : Pourquoi Dominique Strauss-Kahn accepterait-il un poste de chef de gouvernement alors qu’il est au plus haut dans les sondages ? Souvenez-vous aussi que le 6 mai 2007 après le discours de Ségolène Royal qui a été battue par Nicolas Sarkozy, c’est lui qui prend la parole pour se déclarer disponible pour la rénovation sociale-démocrate du PS.

Pas sûr que ce soit le grand amour, donc.

Les outsiders

Face aux « grands candidats » s’efforçant de garder le contrôle sur la campagne des primaires, les outsiders sont pressés d’en découdre. Manuel Valls et Arnaud Montebourg se sont déjà déclarés candidats, suivront certainement Hollande et Hamon, et peut-être même Pierre Moscovici et Laurent Fabius, allez pas de raison que vous n’y soyez pas non plus les gars.

Sur la prairie socialiste, la guerre des tranchées ne fait que commencer. Elle s’annonce longue et sanguinaire. Là on rigole, mais c’est bien malheureux…