Dan Berglund

Parfois une grande tragédie peut se révéler génératrice de beauté, c’est ce à quoi donne envie de croire Tonbruket, le premier album en solitaire de Dan Berglung. L’ex contrebassiste de E.S.T, groupe de jazz suédois à la dynamique si particulière, s’est entêté malgré le terrible accident qui a frappé la formation il y a maintenant deux ans.

Le 14 juin 2008, Esbjorn Svensson, pianiste et membre fondateur de E.S.T, meurt brutalement. Si ce disque n’a rien d’un hommage au disparu, il en porte tout de même sa marque. Le cœur immobile sur la pochette, et le titre « Song for E » montre à quel point le compagnon de sept longues années de musique est difficile à oublier.

Dan Berglund se retrouve seul pour la première fois. C’est maintenant à lui de prendre la tête d’une formation. Pour combler se vide soudain, il fonde, avec Johan Lindström (guitare) Martin Hederos (piano) et Andreas Werlin (batterie) l’usine à son, en suédois : Tonbruket.

Avec ces dix premiers morceaux, le groupe s’éloigne progressivement de ce qu’a été E.S.T.  et  donne naissance à un son neuf qui jongle entre le jazz, la pop et le post rock. La méthode de composition qui laisse une part importante à l’improvisation rappelle celle de l’ancien trio mais cette fois les arrangements, et surtout les instruments, sont tout autres.

La guitare de Johan Lindström amène le quatuor vers des sons plus blues qui leurs ouvrent un large horizon d’assemblages incongrus. On se surprend parfois à penser aux Pink Floyd ou à Fleetwood Mac. L’expérimentation se fait ici avec minimalisme et retenue pour décaler avec élégance des morceaux qui nous enveloppent dans une mélancolie agitée qui passe de l’ombre à la clarté, en un instant.