127 heures : un concept qui tire sur la corde

Le cinéma s’est toujours fait l’écho de faits-divers insolites et plus ou moins captivants. Cette fois c’est Danny Boyle qui est allé piocher une histoire qui a eu lieu le 26 avril 2003 dans les gorges de l’Utah aux Etats-Unis.

Aron Ralston, un jeune casse-cou de 27 ans, décide de s’offrir une petite randonnée en solitaire au fin fond du Blue John Canyon. Malgré son expérience et grâce à sa fougue virile de jeune branleur, son bras se retrouve coincé entre un rocher costaud et une paroi inébranlable. De là s’écoule 127 heures durant lesquelles Aron aura tout le temps de réfléchir au bouquin qui relatera son incroyable histoire et surtout comment il a survécu.

Ses limites

Burried de Rodrigo Cortés, sorti en novembre dernier, enfermait le spectateur dans un cercueil avec Ryan Reynolds pendant 1h30. Claustro et haletant, une vraie bonne surprise. 127 heures nous refait le coup du film concept mais cette fois la recette ne fonctionne pas.

Danny Boyle nous offre une première partie d’exposition où Aron se promène en VTT au milieu d’une nature sauvage et magnifique, que l’on devine volontiers pleine de dangers. Puis il rencontre deux nanas superbes et sympas qui n’auront aucune incidence sur la suite de l’histoire. Tout le problème est là. Le film n’est qu’une succession de scènes clipées qui ont pour seule fonction d’ajouter du temps au compteur de la bobine.

James Franco offre une interprétation parfaite d’un homme pris au piège face à lui-même. Mais le film s’éternise. Les scénaristes accumulent toutes les astuces du parfait remplissage : la fin heureuse rêvée par le personnage, les confessions aux parents avec la petite caméra… Le caractère trop « fabriqué » de ces séquences ne parvient pas à nous toucher.

Le style Danny Boyle

Le film est tiré d’un fait réel et l’issue est connue dès le départ. Le spectateur ne vient pas pour être pour surpris par le dénouement de l’histoire mais bien pour partager, avec un voyeurisme certain, une expérience qui a du être traumatisante. Qu’est ce que ça fait d’être coincé au fond d’un trou seul et de voir sa vie défiler ? Danny Boyle ne répond que superficiellement à la question. Trop attaché à un montage type MTV, à des recours systématiques de flash back sans intérêts, le réalisateur coupe toute l’immersion psychologique que devait procurer le concept même de l’histoire.

Le style maniéré du réalisateur est une marque de fabrique. On a tous en tête la séquence d’intro de Trainspotting sur le Lust for Life de Iggy Pop. Son style clippé et percutant permet d’entrer à fond les grelots dans cette histoire de junkie. Idem pour Petits meutres entre amis. Plus récemment, le basculement trash à la fin de 28 days later et de Sunshine donne une vraie force et une réelle sensation de malaise. Souvent chez Danny Boyle, ses effets de style tendent à créer une distance ironique ou sarcastique. Or 127 heures aurait nécessité d’un traitement hyper réaliste qui privilégie avant tout la solitude et la souffrance de cet homme.

Au fond, 127 heures aurait pu être un parfait court-métrage ou alors Danny Boyle aurait dû opter pour un sujet qui colle plus à son univers. Apparemment,  même les bons réalisateurs ne sont pas faits pour raconter toutes les histoires.